L'interview de Thierry
Wermuth
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doublage en VF
le chat avec Thierry
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On oublie souvent de reconnaître que le jeu d'un acteur étranger dans les séries diffusées chez nous revient pour une grande part au comédien français qui lui prête sa voix. Un travailleur de l'ombre, patient, talentueux et humble, mettant son savoir-faire au service d'une star. Régulièrement, Série Mania rend à César ce qui lui appartient...
D'où te vient le virus de la comédie ?
Tous les enfants s'évadent, insatisfait du mon réel. Moi, lorsque je jouais aux cow-boys et aux indiens, j'entrais réellement dans la peau des personnages. Peut-être est-ce de cette façon que j'ai appris à aimer ce métier. En réalité, personne ne veut grandir, tout le monde poursuit son rêve.
Quand as-tu réalisé le tien ?
Ado, après le bac, j'étais retourner à Madrid étudier les langues. Un jour, j'ai assisté à la répétition d'une pièce de théâtre à laquelle il manquait un comédien : j'ai proposé de le remplacer au pied levé. De retour à Paris, j'ai suivi trois ans de cours d'art dramatique chez Perimony. Ensuite, je me suis consacré énormément au théâtre...
Et le doublage ?
J'y suis venu par hasard. En 1986, je jouais Shakespeare avec Jean Barney qui faisait pas mal de synchro ( la voix de Lee Horsley dans " L'homme à l'orchidée " ) il m'a permis d'entrer dans ce monde.
Tu connaissais ce métier ?
Pas du tout mais c'était pour moi une véritable passion d'enfance, j'avais encore dans les oreilles la voix de Jack Deschamps dans Les incoruptibles. Quand on est môme et qu'on regarde Eliot Ness, c'est peut-être Robert Stack mais c'est surtout la voix de Deschamps. Que serait Tony Curtis sans la voix de Michel Roux, ou Peter Falk sans Serge Sauvion ?
As-tu rencontré Deschamps ?
Bien sûr, j'ai même travaillé avec lui. On m'avait dit que c'était un personnage assez sévère, rigoureux, particulièrement difficile. Moi, je rencontrais enfin mon " maître ". D'ailleurs, à son grand dam, je ne suis jamais parvenu à le tutoyer, comme une marque indélébile d'un respect éternel. Jacques Deschamps, sur ma lucarne en N&B, c'était ma seule référence. Lorsque je me suis trouvé devant lui, c'était comme si j'avais retrouvé Jouvet : dans mon univers de cinéphile, il a toujours la même importance !
Ton premier grand rôle ?
En 1989, je me suis fait les dents en doublant Dustin N'Guyen dans 21 Jump Street. A partir de là, tout s'est enchaîné très vite : Stan Foster dans L'enfer du devoir, Jerry O'Connel dans Sliders, Salvatore Costa dans Hartley, James Van der Beek, le héros de Dawson que j'ai un grand plaisir à doubler.
Pourquoi ?
Parce que je la considère comme la meilleure série de ces dernières années. De plus, je trouve le rôle de Dawson superbe, j'aimerais bien en trouver un de ce type pour moi. Pour le cinéma, j'aime bien prêter ma voix à Brad Pitt ou à John Cusak ( Les Arnaqueurs ) que je regrette de ne plus faire. A ce propos, je trouve dommage ce non-respect du public et des fans.
Justement, parlons d'eux !
Ils m'envoient pas mal de courrier, je reçois des coups de fil. Je répond toujours présent parce que j'ai longtemps été moi-même un spectateur assidu. Maintenant que je me trouve de l'autre côté du miroir, je ne vais pas me mettre à mépriser le public. Parfois, je suis excédé de voir certains acteurs jouer les stars. Pourquoi exercer ce métier si ce n'est pas pour faire partager notre bonheur !
As-tu rencontrer les acteurs que tu doublent ?
Soyons sincère, je n'aurai pas grand choses à dire à James Van der Beek sauf qu'il est très bien et que je fais de mon mieux. Je pense que ça l'emm.... un peu que je vienne le voir. Il est grand et blond, moi petit et brun, il pourrait alors se poser des questions bizarres !
Quel acteur rêves-tu de doubler ?
Je voudrais avoir 10 ans de plus ( il en a 40 ) pour pouvoir travailler sur Dustin Hoffman, Robert de Niro ou Al Pacino, mais je ne rêve pas, ils sont trop " vieux " pour moi. Dans les plus jeunes, je ne désespère pas de faire Tom Cruise, peut-être dans le dernier Kubrick ( Eyes Wide Shut )
Y-a-t-il des trucs dans ton métier ?
Non, nous utilisons surtout un vocabulaire interne. Par exemple, " on est en dessous de l'image " c'est à dire on est trop faible, ou " on déborde l'image " on est trop fort. Moi, par exemple, Ray Liotta, je ne le " remplissais " pas et c'est bien que j'ai été remplacé !
Que penses-tu de ta voix ?
J'ai la chance qu'elle soit plutôt passe-partout. Ainsi, j'évite le danger d'une tonalité trop reconnaissable. Lorsque j'ai joué Tilt, la fourmi du film " Mille et une pattes ", personne ne m'a reconnu ! Ça m'a rassuré, moins je suis reconnu plus je perdurerai dans ce métier !
Propos
recueillis par
Jean-Jacques Jelot-Blanc
Interview paru dans le magazine Série
Mania n°16, datant de Juillet / Août 1999.
Disponible sur commande.
Où lui
écrire ?
Thierry Wermuth c/o Patrick Brisson,
15 rue Chapon, 75003 Paris.
Ses rôles principales dans les séries télé :
Il double les personnages de :
Dawson ( Dawson )
Coco ( Hartley )
Quinn ( Sliders )
Joki ( 21 Jum Street )
Harvey ( Nash Bridges )
Johnson ( L'enfer du devoir )
Adam ( Ellen )